Faut-il vraiment s’aimer soi-même avant d’être en couple ?

Date :
22 Janv. 2024
Rédacteur :
Maryse BIZOUARN
Partager sur :

Marion Dos Santos Clara - Cosmoplitan.fr -19 janvier 2024

C’est un argument qu’on entend très souvent. Pour être heureux·se en amour, construire un couple sain et serein, il faudrait d’abord s’aimer soi-même. Mais aussi bien intentionné, ce conseil n’instaure-t-il pas une nouvelle injonction ? Deux expertes nous éclairent.


« Il faut s’aimer soi-même pour être aimé ». À lire nombreux textes, avis et expertises sur la question : il s’agit d’une condition quasi sine qua non du bonheur partagé. Pas de relation saine sans guérison personnelle en amont, donc. On peut toutefois s’interroger : aussi bien intentionnée soit cette façon d’aborder le couple, n’est-elle pas culpabilisante ? 


Une injonction culpabilisante

« Contrairement aux idées très largement reçues, l’amour de soi et la confiance en soi ne sont pas des préalables indispensables à la rencontre amoureuse et à l’amour », pose d’emblée Florence Escaravage, coach en amour et fondatrice de Love Intelligence. Comme l’explique l’experte, rares sont les personnes qui peuvent attester s’aimer inconditionnellement. « Je reçois très souvent des célibataires qui croient qu’ils doivent travailler sur eux-mêmes avant d’aller à la rencontre de l’autre », poursuit l’autrice. Et même si, au fil des années, la confiance en soi à tendance à s’accroitre, elle ne sera jamais linéaire tant nous sommes des êtres en constante évolution. « Le travail sur soi peut être la quête d’une vie alors heureusement qu’il ne faut pas avoir réglé tous ses problèmes avant d’avoir le droit à l’amour », abonde Estelle Becquet, psychologue et thérapeute de couple.


« L’injonction de s’aimer soi-même avant d’aimer les autres peut-être très culpabilisante, notamment quand on a des difficultés à y parvenir. Après tout, qu’est-ce que s’aimer soi-même ? Où placer le curseur entre amour de soi et égocentrisme ? Certaines personnes ne s’autorisent pas à tomber amoureuses car elles imaginent que leur manque de confiance en elles va être délétère », explicite la thérapeute. Cette croyance peut induire un rejet du monde extérieur ou le développement d’une peur des relations amoureuses – jusqu’à en refuser, pensant qu’elles sont toutes vouées à l’échec. « Trop de femmes passent du temps à travailler sur elles et à se distancier des relations où elles pourraient pourtant être le pilote de leur vie affective », estime Florence Escaravage. 


De l’importance de la vulnérabilité

Pour la psychologue Estelle Becquet, ce qu’il faut comprendre derrière cette idée a priori salutaire, c’est que « l’amour propre doit être indépendant de l’amour que l’on reçoit ». Il ne s’agirait alors pas de s’être délesté·e de ses traumatismes avant de se concentrer sur sa vie sentimentale, mais de « construire sa propre sécurité intérieure pour ne pas être objet de l’autre mais s’exprimer pleinement en sujet désirant ». 


Selon Florence Escaravage, le but ne serait en aucun cas de lisser le relief de notre personnalité, ni de faire disparaître nos failles, avant de se lancer dans une quelconque aventure, mais plutôt d’en être conscient·e. S’aimer, c’est être authentique avec qui nous sommes et oser la vulnérabilité. « C’est justement notre fragilité, cette partie recelant nos doutes et nos questionnements, qui nous permet de nous ouvrir à la différence de l’autre, de l’accueillir, de le faire se sentir accepté et compris, autant de conditions nécessaires pour qu’il puisse à son tour nous aimer », détaille la coach. « C’est autour du partage de valeurs et de sensibilités que les relations amoureuses peuvent se développer », appuie-t-elle.


Si s’être affranchi·e de nos blessures ne devrait pas être un pré-requis pour se mettre en couple, le ressenti de l’autre ne devrait pas non plus s’en voir minimisé, nuance Estelle Becquet : « La prise de conscience de ses propres difficultés peut déjà représenter une ressource. L’important est de ne pas les projeter sur son ou sa partenaire attendre qu’il ou elle les comble. »

Le couple permet aussi de se réaliser

Florence Escaravage insiste : « Il faut intégrer l’idée que le couple permet tout de même la réalisation individuelle. » La relation amoureuse peut nous faire évoluer. « Grâce à la présence de l’autre, à sa confiance, nous sommes tous capables de réaliser de grandes choses. Notre partenaire révèle notre potentiel et nous révèle à nous-même », explicite-t-elle. Se confronter à la différence de l’autre permet aussi d’apprendre à mieux se connaitre. « Le couple est le plus grand laboratoire de croissance individuelle », assure l’autrice de Love Intelligence (éditions Larousse). 

« Recevoir de l’amour, c’est aussi se sentir digne d’être aimé·e. L’amour de l’autre peut nous montrer le chemin vers l’amour de soi. Une relation saine peut également apporter un grand sentiment de sécurité qui nous transcende. Avoir des sentiment pour l’autre peut aussi nous défocaliser de notre propre personne et sortir de la plainte », rappelle à son tour Estelle Becquet. 

L’amour répare doucement nos blessures car il offre à chacun la possibilité de se découvrir, se ré-inventer et s’accepter. « Certaines relations viennent agir comme une véritable réparation de la personne qui a peu d’amour propre. On le voit d’ailleurs très souvent chez les personnes amoureuses, elles dégagent quelque chose de très attirant, elles respirent l’amour, comme si elles se nourrissaient de cet amour mutuel », conclut la psychologue. 

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